Commission parlementaire : le gouvernement avait la capacité d'orienter les témoignages

« Cette commission parlementaire spéciale, qui devait faire toute la lumière sur les pertes historiques de la Caisse, se solde par un échec. D'une part, de très nombreuses questions n'ont même pas pu être posées. D'autre part, les réponses obtenues ont été imprécises, voire contradictoires. La presque totalité des témoins entendus ont tenté d'attribuer la responsabilité des pertes tantôt à d'autres intervenants, tantôt à des phénomènes extérieurs. D'autres témoins ont tenté de minimiser la portée de ces pertes historiques. L'ensemble laisse une désagréable impression de manque de transparence organisé. Pourquoi ? », a résumé la présidente de l'AQRP, Mme Madelaine Michaud. Le manque d'indépendance des principaux témoins à l'endroit du gouvernement offre une première réponse à cette question. En effet, la totalité des témoins entendus au cours des derniers jours sont liés par un devoir de loyauté et de confidentialité à l'endroit du gouvernement ou d'un de ses organismes. De plus, le gouvernement a nommé à leur poste la plupart des témoins entendus. Les principaux représentants des déposants qui ont témoigné sont en même temps des représentants du gouvernement. Durant les travaux de la commission, des membres du personnel de la Caisse ou du gouvernement ont même fait sentir leur présence, ce que certains élus ont d'ailleurs dénoncé. « Comme fonctionnaire loyale et compétente, je n'ai jamais critiqué publiquement mon employeur. Pourquoi le feraient-ils ? Les parlementaires ont bien pu poser certaines questions, mais les témoins n'avaient vraisemblablement pas la capacité de répondre en toute indépendance. Est-ce un hasard si le seul témoin à être sorti de ce cadre, le représentant de l'industrie de la construction, provient d'un organisme financé majoritairement par le secteur privé ? », a ajouté la présidente de l'AQRP.Par ailleurs, depuis l'annonce des pertes de la Caisse, le gouvernement affirme par tous les moyens disponibles qu'il n'en est pas le responsable. Or, c'est lui qui nomme directement le président et l'ensemble des membres du conseil d'administration de la Caisse. Les principaux clients de la Caisse sont tous des organismes publics. Les comités de retraite des régimes des employés du gouvernement sont composés en majorité de membres nommés par le gouvernement. Le ministre des Finances est même directement responsable des politiques de placement du Fonds des générations et du Fonds d'amortissement des régimes de retraite (FARR).« Le manque de volonté du gouvernement à faire toute la lumière sur ces pertes, ajouté à sa capacité d'orienter les témoignages entendus en commission parlementaire, n'inspire aucune confiance. À l'heure actuelle, nous n'avons aucune assurance qu'un tel désastre ne se reproduira pas. Quelle que soit la responsabilité du gouvernement à l'endroit des pertes de la Caisse en 2008, le ministre Bachand doit annoncer la tenue d'une commission d'enquête publique. Un refus de sa part ne ferait qu'alimenter le cynisme de la population à l'endroit du gouvernement en général et des politiciens en particulier », a conclu la présidente de l'AQRP, Mme Madelaine Michaud.L'AQRP recommande la tenue d'une commission d'enquête publique afin de faire toute la lumière sur les pertes historiques de 40 milliards de dollars de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Cette commission devrait avoir accès à l'ensemble des documents auxquels les parlementaires n'ont pas eu accès, comme les enregistrements vocaux de la Caisse, certaines études réalisées par la Caisse et les procès-verbaux des comités de retraite. Les commissaires désignés devraient avoir les compétences et les ressources nécessaires pour faire un examen critique des témoignages entendus. La commission devrait enfin avoir le mandat de proposer des pistes de solution afin qu'une telle situation ne se reproduise pas dans le futur, rejoignant ainsi l'idée d'un comité d'experts sur l'avenir de l'institution.

L'AQRP est la principale association indépendante de tout lien syndical représentant l'ensemble des retraités des secteurs public et parapublic au Québec. Le Québec compte plus de 244 000 retraités des secteurs public et parapublic.